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Affaire Harvey Weinstein : le milieu du cinéma québécois est-il à l'abri de scandales de harcèlement

Un scandale semblable à celui qui éclabousse Hollywood avec les nombreuses allégations de harcèlement et d'agressions sexuelles contre le tout puissant producteur Harvey Weinstein pourrait-il survenir au Québec? Le monde artistique d'ici est-il à l'abri de telles accusations?


Un texte de Cécile Gladel, avec les informations de Mélanye Boissonnault


La présidente de l'Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, dit ne pas être au courant de cas de viols dans le milieu québécois. « Cependant, il y a plein de choses dont j'ai entendu parler, comme du harcèlement, de l'intimidation. Ça n'irait probablement pas jusqu'au viol, mais on peut présumer que certains producteurs ont peut-être abusé de leur pouvoir », déclare-t-elle en entrevue avec Patrice Roy.


Elle avoue avoir subi des avances quand elle était une jeune actrice. « Ils étaient 11 devant moi [lors d'auditions pour des publicités américaines], certains m'ont suivie dans le corridor et m'ont demandé ce que je faisais ce soir. Je leur ai dit que je n'étais pas libre, mais que je l'étais le jour du tournage. Je n'ai pas eu le rôle. »


La présidente explique qu'il y a une ligne téléphonique à l'UDA et des avocats pour soutenir les personnes qui se plaignent. « On va les soutenir jusqu'à la fin. Le problème est que tu deviens l'artiste qui a poursuivi untel ou unetelle. Veux-tu que ta carrière ressemble à ça? [...] Souvent, dans ce rapport-là, c'est très difficile de dire non. »

Sophie Prégent précise aussi que le harcèlement se déroule souvent en audition, avant même qu'un contrat soit signé. « On n'a pas de contrat, on n'a pas de prise juridiquement. »

Harvey Weinstein n'était pas quelqu'un d'aimé. Je le connais, j'ai fait affaire avec lui, c'est le prototype d'un intimidateur. Le producteur Pierre David

Un débat public

Sophie Prégent voudrait aussi qu'on ne parle pas seulement du milieu culturel, mais aussi du milieu sportif ou politique. « La différence, c'est que nous [les artistes] acceptons volontiers que quelqu'un ait du pouvoir sur nous. Je fais une audition, et tout ce que je veux, c'est qu'on m'aime. Et si on m'aime, je vais travailler. »


Elle ajoute que, malgré les ressources mises en place, peu de personnes font des plaintes, mais que le débat public permet d'en parler et de dénoncer plus facilement.

Quand c'est récupéré dans la société, quand les hommes prennent position, ça devient un débat public et c'est excellent, car ça, ça fait avancer les affaires. Les gens s'insurgent et n'en reviennent pas. Sophie Prégent

« Le silence, c’est la complicité » - Christian Laurence

Le réalisateur et scénariste Christian Laurence a écrit, mercredi, un long message sur sa page Facebook, encourageant les femmes, et aussi les hommes, victimes de harcèlement à se manifester, et les autres à ne pas se taire. « Vous avez plus de soutien que vous le pensez. Et surtout, vous n'êtes PAS COUPABLES de ce qui vous arrive », écrit-il.


À l'extérieur du pays, il a répondu à quelques questions par Facebook Messenger. « Comme à peu près tout le monde dans le milieu, j'ai entendu des histoires de harcèlement. Je n'ai jamais été victime personnellement, mais certaines de mes connaissances l'ont été. »


C'est le statut Facebook d'un homme qui fait partie du milieu artistique qui a poussé Christian Laurence à écrire ce message. Cet homme soulignait qu'il pensait que l'égalité entre les hommes et les femmes était atteinte, mais que des scandales comme celui qui touche Hollywood lui ont fait réaliser qu'il y avait encore des problèmes. « C'est le cas typique, à mon avis, d'un homme qui pense que tout va bien, que l'égalité est atteinte et que les féministes devraient peut-être arrêter de se plaindre autant, et qui réalise soudainement que, derrière ses lunettes roses, se cache une réalité moins agréable. »


Ce que je voulais dénoncer avec mon message, c'était l'impunité dont jouissent certains puissants. Et l'histoire de Weinstein n'est malheureusement pas si exotique que ça. Christian Laurence

Son message veut montrer aux victimes qu'elles ont des appuis et qu'elles ne sont pas seules. « Nous qui ne sommes pas les victimes directes, nous avons plus de pouvoir. Je veux d’une part montrer un soutien réel aux victimes – et quand je dis réel, c’est "n’hésitez pas à me contacter, je ferai tout ce que je peux pour vous aider ou vous référer à des gens qui pourront le faire". Et d’autre part, je veux inviter tous les autres à contribuer à faire cesser la complaisance qui permet à ce genre de prédateur de frapper. Au risque de mettre ses ambitions, ses possibilités d’avancement, ses chances en jeu. Mais ça, c’est le plus dur », déclare-t-il.


Christian Laurence souligne qu'il est plus attentif au sexisme ordinaire et, surtout, à « la complaisance avec laquelle il est souvent accueilli » depuis qu'il a animé la série Tabous et Interdits sur TV5. Par ailleurs, le fait que sa conjointe est aussi réalisatrice lui permet de constater que les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même manière dans le milieu.


Pris de: https://ici.radio-canada.ca

Le 14 octobre 2017

Groupe d'aide et d'information sur le harcèlement sexuel au travail de la province de Québec inc.

Adresse
2231, rue Bélanger
Montréal (Québec)  H2G 1C5
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