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Une formation boudée et inefficace


Sébastien St-Jean / Agence QMI

La formation à l’intention des députés fédéraux et de leurs employés afin de lutter contre le harcèlement – dont le harcèlement sexuel – est carrément bidon, selon des experts.


«Je doute que cette formation réussisse à faire changer le comportement de ceux qui font du harcèlement sexuel», croit Stéphanie Tremblay, la porte-parole du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS).


Dans la foulée du mouvement #MoiAussi, l’ex-ministre de la Condition féminine, Patty Hajdu, rappelle que le harcèlement sexuel sévit partout, y compris dans les milieux politiques fédéraux.


«Je crois qu’il existe encore énormément de travail pour régler le problème ici même au Parlement», dit-elle. Les employés de députés sont souvent de jeunes femmes et il y a beaucoup d’événements où on offre l’alcool gratuit.»


La formation en question – une vidéo d’une heure disponible sur internet – a été créée dans la foulée d’allégations d’inconduites sexuelles de la part de deux députés libéraux envers deux élues du NPD en 2014.


Depuis, des règles ont été mises en place pour encadrer les relations entre les députés et leurs employés, ainsi que celles entre les élus. La séance de formation en ligne, qui propose des mises en situation, constitue le principal outil pour assainir les mœurs au Parlement canadien.


Pas obligatoire

Mais elle risque bien de rater sa cible puisqu’elle n’est pas obligatoire, croient des experts. «Ceux qui vont aller la visionner sont ceux qui sont déjà sensibilisés», explique Yvonne Séguin, la cofondatrice du Groupe d’aide et d’information sur le harcèlement sexuel au travail (GAIHST), basé à Montréal.


«Les gens qui vont commettre des gestes qui relèvent du harcèlement sexuel ne se sentiront pas concernés si ce n’est pas obligatoire», renchérit Stéphanie Tremblay.

Le contenu de la formation pose lui aussi problème, selon les deux spécialistes. Elles regrettent notamment l’absence de définition claire de ce que constitue le harcèlement sexuel.


Les conséquences légales auxquelles s’exposent les harceleurs manquent aussi cruellement à l’exposé, estiment-elles. Plus décevant encore: des mises en situation suggèrent à la victime de régler le problème en affrontant directement son harceleur.

«Ce n’est pas du tout représentatif de la réalité, croit Mme Tremblay. Cela fait reposer la responsabilité sur les victimes. » De plus, à cause du «rapport de pouvoir», les victimes ne sont généralement pas enclines à affronter leur agresseur. Ces derniers sont d’ailleurs rarement ouverts à la critique, ajoute-t-elle.


Formation boudée

En plus de rater sa cible, la séance de formation est boudée par les principaux intéressés.

Depuis sa mise en ligne en décembre 2016, un peu plus de 123 députés sur 338 se sont identifiés comme ayant complété l’exercice. Et cela, malgré des «rappels continus» de la Chambre des communes, soutient la porte-parole Heather Bradley.


«Qu’est-ce que ça va prendre pour qu’ils se réveillent»


En plus de comporter d’importantes failles, la séance de formation pour lutter contre le harcèlement dans les bureaux des députés fédéraux est reçue dans l’indifférence, déplore le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS).

«Qu’est-ce que ça va prendre pour que les gens se réveillent et posent des actions concrètes pour lutter contre cette culture qui règne au Parlement comme partout dans la société ?», peste la porte-parole du groupe, Stéphanie Tremblay.


Selon les données de la Chambre des communes, quelque 620 employés sur 2000 ont complété la séance de formation en ligne, soit un maigre 30 % du bassin visé.


«C’est extrêmement dommage, commente Mme Tremblay. On s’attend de nos représentants politiques qu’ils donnent l’exemple et qu’ils soient en quelque sorte irréprochables.»


Le whip du Parti libéral, Pablo Rodriguez, assure que tous les députés du caucus ont suivi la formation au printemps dernier.


«Nous l’avons rendue obligatoire, insiste-t-il. Tous les députés devaient confirmer avec mon bureau l’avoir suivie.»


Chez les autres partis, un simple rappel est formulé aux élus, sans aucun réel suivi.


Au Bloc québécois, quatre des 10 députés se sont soumis à l’exercice.


Le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique n’ont pas été en mesure de fournir de décompte.


«En tant que caucus, nous rappelons régulièrement à nos députés l’importance de suivre la formation, tient à préciser la whip du NPD, Marjolaine Boutin-Sweet. Nous avons aussi tenu des séances de formation employeur-employé avec nos députés, afin de les aider dans leurs fonctions de gestionnaires.»


Pris de: https://www.tvanouvelles.ca/

Le 8 février 2018

Groupe d'aide et d'information sur le harcèlement sexuel au travail de la province de Québec inc.

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Montréal (Québec)  H2G 1C5
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